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Devil

avatar16

Samedi 27/08/2016
Même hors réalisation, Shyamalan poursuivait sa de

Alors que ce cher M. Night Shyamalan continuait à l’époque sa déchéance (bien avant qu’il ne revienne en 2015 avec The Visit), le cinéaste voulait se lancer dans un projet cinématographique. Celui d’établir une trilogie intitulée The Night Chronicles, dont le but était d’écrire des longs-métrages et d’en laisser la réalisation à de jeunes metteurs en scène qu’il jugeait prometteurs. C’est dans cette optique qu’est donc né Devil, premier opus de cette franchise qui, aujourd’hui, n’a toujours pas eu droit à de second film. Qu’à-t-il bien pu se passer pour que Shyamalan ait pu mettre de côté son ambition pour finalement se concentrer sur ses propres réalisations (en ce moment, il enchaîne les tournages) ? C’est ce que nous allons voir en nous plongeant dans l’analyse de Devil. Pour ceux qui n’auraient jamais entendu parler de ce long-métrage (et à juste titre, vu qu’il s’est montré plus que discret lors de sa sortie), dites-vous qu’il s’agit d’une sorte de Dix Petits Nègres à la sauce Shyamalan. Autrement dit un thriller en huis clos (ici, le décor est un ascenseur) dans lequel hommes et femmes, bloqués, vont devoir trouver l’identité de celui qui les élimine un par un. Le tout plongé dans du paranormal pleinement assumé (il s’y passe des phénomènes étranges et on parle carrément du Diable en personne). Voilà ce qu’est Devil, un film à suspense sur le papier divertissant (il faut bien avouer que l’idée de base peut séduire) mais qui se plante avec lourdeur sur bien des points. Le scénario en prend déjà pour son grade. Si les fondements de Devil se révèlent plutôt sympathiques, l’ensemble ne tient nullement la route. La faute principalement à des clichés en rafale mille fois vues dans ce genre de film qui gâchent grandement le suspense (on sait d’emblée qui va mourir, comment la situation va se dérouler…). Faisant ainsi perdre toute crédibilité à l’ensemble et surtout aux protagonistes, auxquels on n’y croit pas une seule seconde (pour leur histoire respective, leur présence dans l’ascenseur, leurs réactions…), même si ce n’est clairement pas le but recherché. En même temps, nous sommes face à la plume de Shyamalan, qui a l’habitude d’écrire des intrigues tortueuses dans lesquelles les métaphores et le surfait sont rois. Mais si ça marchait pour la plupart des ses propres films (du Sixième Sens jusqu’au Village), ici, c’est juste grotesque. Il suffit de voir l’introduction de Devil, une scène de crime et une analyse policière des plus absurdes (le coup de « il a été balancé de haut parce que ci… la camionnette n’étais pas là à la base parce que ça… »). Ou encore cet employé de la surveillance qui nous sort ses peurs sur le Diable car il fallait un personnage de ce style dans le récit. Tellement ridicule que l’on se sent que trop rarement investi par le malheur du groupe enfermé dans l’ascenseur. Et que le fameux retournement de situation final (dont je tairai tout de même le contenu) voit son impact réduit au plus bas. Le casting du long-métrage n’aide pas vraiment non plus. Si l’on peut trouver quelques comédiens qui s’en sortent avec le minimum syndical (Logan Marshall-Green, Matt Craven), les autres cabotinent un maximum. Encore une fois, c’est propre au cinéma de Shyamalan… et on sait que cela ne fonctionne pas toujours. Avec Devil, c’est la débâcle ! Tous nous servent un surplus de n’importe quoi dans leur jeu, et cela en est bien souvent gênant. Chris Messina nous livre une sorte de Constantine version Keanu Reeves de bas étage. Jenny O’Hara semble perdue parmi ses camarades. Bojana Novakovic en fait des tonnes (et ce même si elle est présentée comme une menteuse). Geoffrey Arend est absent. Jacob Vargas nous gonfle avec ses déblatérations sur le Diable. Et surtout Bokeem Woodbine, qui mériterait franchement des claques pour être autant à côté de la plaque à chacune de ses apparitions. Enfin, venons-en à la réalisation de John Erick Dowdle ! Si Shyamalan avait pu déceler du potentiel chez son poulain qui se confirmera question efficacité dans ses futurs films (Catacombes, No Escape), il est avec Devil, comme pour le reste du projet, à fond dans le surfait. Vous aurez donc droit à une mise en scène tellement appuyée (gros plans évocateurs, musiques montées de manière exagérées, photographie grossière…) que le tout peut vous faire rire malgré lui… ou bien pitié, c’est vraiment au choix ! Il suffit de voir l’une des dernières scènes, lorsque le Diable se dévoile enfin, pour se rendre compte de la bêtise de ce film, c’est pour dire ! D’autant plus que dans ce long-métrage, l’ambiance n’est pas des plus maîtrisées, à cause des compositions musicales de Fernando Velázquez trop présentes et des jeux de lumière mal réalisés (il arrive que par moment, le film soit pleinement plongé dans le noir pour rien), au point d’être tout aussi ridicule que le reste. Et c’est vraiment dommage car vu le script initial et sa courte durée pourtant adéquate, il y avait vraiment matière à livrer un thriller de bonne facture. Mais non, Devil est un ratage complet, qui peine à captiver notre attention. Si vous restez pendant le visionnage, c’est vraiment par curiosité, afin de connaître le fin mot de l’histoire et rien d’autre. Un film qui se présente donc comme une sérieuse perte de temps et qui, à l’époque, ne donnait aucun espoir sur le retour de Shyamalan, même en tant que producteur/scénariste. Heureusement, on sait aujourd’hui que le bonhomme s’est rattrapé et qu’il semble poursuivre sur cette lancée. Et personnellement, avec sa résurrection, j’espère qu’il va reprendre en mains ce projet de trilogie parce que ce dernier peut s’avérer assez prometteur s’il est bien fait. Surtout qu’en ce moment, c’est la mode de devoir faire des univers cinématographiques. J.J. Abrams a déjà commencé (Cloverfield, 10 Cloverfield Lane), pourquoi pas Shyamalan ?
 
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